dimanche 6 juin 2010

Alice au pays des merveilles (Analyse)

Nous ne ferons pas une analyse de bon enfant. Alice au pays des merveilles est loin d’être le simple témoignage d’une petite fille révolté détruisant psychologiquement les règles parentales et didactiques. Le merveilleux s’installe dans un monde parallèle que le personnage principal du conte traverse dans une quête d’identité, tout au long de la trame elle se pose la question : « qui suis-je ? » dans ce pays à l’ envers où tout échappe aux règles radicales de la science et de la morale. On s’étonne que l’auteur de cette déraison fût un mathématicien réputé. C’est que Lewis Carroll a poussé son expérience cognitive jusqu’à tenter de comprendre l’irrationnel.

Nous sommes au 19e siècle en pleine période de romantisme britannique. Les nouveau-nés sont fatigues par un ensemble de contes portant une morale les aliénant de leur cadre naturel pour les transformés plus tôt que prévu avec la matière des leçons adultes. Alice, fille à laquelle ils se sont puissamment identifiés comme en atteste la popularité du livre écrit par Lewis Carroll. Ils s’identifient donc à une fille sans identité apparente cherchant à mener un combat : celui des artistes, féministes, opprimés de toutes sortes qui se sentent prisonniers d’un monde incompréhensible par les fous, ceux qui l’acceptent comme il est et n’idéalisent pas à propos d’un monde meilleure.

Alice est une anti-folle plongée dans la cité des merveilles ou des rejetés, ceux qui croient que la terre n’est pas plate. Elle a le don de voyance si bien traité par Arthur Rimbaud. L’histoire place une héroïne authentique au milieu d’une ville dont les habitants sont a la déprime, dans une interrogation importante qui va même banaliser leur langue, ils mènent une révolte impossible contre la reine qui les interdit d’avoir des moyens. Alice devient Zorro l’instant d’un rêve.

La pays des merveilles est loin d’être une utopie, c’est une liberté imaginaire, une transposition de la réalité à la Don Quichotte, une plongée dans l’inconscience qui permet de mieux comprendre sa propre réalité, celle que l’universel refuse de voir. En voici un extrait :

Quelle sorte de gens vais-je rencontrer en ces parages ?

- Dans cette direction-ci », répondit le chat en faisant un vague geste de la patte droite, « habite un chapelier ; et dans cette direction-là », ajouta-t-il en faisant le même geste de son autre patte, « habite un Lièvre de Mars. Vous pouvez, selon votre préférence, aller voir l'un ou l'autre : ils sont fous tous les deux.

- Mais je n'ai nulle envie d'aller chez les fous, fit remarquer Alice.

- Oh ! vous ne sauriez faire autrement, dit le Chat ; ici, tout le monde est fou. Je suis fou. Vous êtes folle.

- Comment savez-vous que je suis folle ? demanda Alice.

Il faut croire que vous l'êtes, répondit le Chat ; sinon, vous ne seriez pas venue ici. »

L’Ici représente l’espace ou l’ailleurs est inaccessible parce qu’on y est plongé. L’heure est bloquée à six heures du matin, le temps d’une séance de thé anarchique avec un chapelier et un lièvre de Mars, celle ou Perrette perd encore du lait.

Ce conte a depuis le 19e siècle subit diverses représentations dont celle de Walt Disney assez respectueuse du texte mais encore trop puéril et récemment celle de Tim Burton respectant le caractère dandy des personnages mais dénué de profondeur.

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